Le dopage:
Dopage: les chevaux pas mieux lotis que les cyclistes
CHRISTIANE ORY, Associated Press, BERNE
Les chevaux de compétition ne sont pas vraiment mieux lotis que les cyclistes. Certaines formes de dopage sont devenues pratique presque courante dans les concours internationaux en particulier, dénonce un professeur de médecine vétérinaire de l'Université de Berne.
Pour Urs Schatzmann, directeur de la clinique équine de la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Berne, le dopage est devenu un problème dans le sport équestre aussi. Dans les compétitions internationales surtout, certains chevaux reçoivent des médicaments administrés par des spécialistes qui savent exactement ce qu'on peut détecter ou non lors des contrôles.
Peu de tests.
De plus, dans les compétitions internationales, seuls 15 % environ des concurrents sont testés. En concours nationaux ou régionaux, deux ou trois participants sont contrôlés chaque semaine, indique le professeur du «Tierspital» dans un entretien à l'Associated Press.
Selon le Pr Schatzmann, on administre surtout des substances anti-inflammatoires et des analgésiques. La plupart des chevaux de compétition, les sauteurs, les chevaux de military et de concours complet, les chevaux de dressage, ont rapidement des problèmes articulaires, des dommages qui empirent avec les années et I'entraînement très poussé qu'ils subissent depuis leur jeune âge.
«On les drogue afin qu'ils ne sentent plus la douleur et ne diminuent pas leurs performances.» Le danger des analgésiques et des anti-inflammatoires, c'est justement de permettre au cheval qui souffre d'aller au-delà de sa résistance organique et physique, explique un vétérinaire ayant requis I'anonymat. L'animal ne sent plus la douleur, mais la cause du mal n'est pas éliminée.
Déchirure musculaire
La déchirure musculaire ou ligamentaire par exemple s'étend et empire, provoquant souvent des dégâts irrémédiables. C'est le même problème avec les chevaux qui souffrent d'arthrose ou d'arthrite, ou pour les inflammations internes, celle du myocarde par exemple. Avec les anti-inflammatoires, la douleur passe provisoirement, mais les dégâts sont multipliés.
Cette forme de dopage permet de garder un cheval performant a haut niveau de compétition plus longtemps. Étant donné la valeur marchande des chevaux de compétition, la prolongation de la carrière d'un crack est extrêmement rentable. Le prix des saillies d'un étalon champion à la retraite ou celui des poulains issus d'une jument de valeur intemationale, monte vertigineusement.
Un jeune cheval dont 1e père ou la mère ont obtenu de très bons résultats en compétition peut largement dépasser les 400 000 francs français (100 000 $C ). De plus, la valeur de reproduction doit rester intacte. Les reproducteurs doivent être en bonne santé, donc il faut masquer les problèmes articulaires, ajoute le professeur.
D'autres substances sont utilisées afin d'augmenter les performances. Pour les concours internationaux, chaque cheval reçoit des mixtures énergétiques et des cocktails de vitamines. Or, souligne Urs Schatzmann, pour les chevaux en compétition, toute substance autre que celles entrant dans le fourrage courant est interdite.
Saut et dressage
«Si vous mettez du Vicks dans les naseaux de votre cheval enrhumé, vous êtes déjà en infraction», dit-il. I1 n'est cependant pas rare qu'un propriétaire demande à un vétérinaire une célèbre liqueur, très puissant fortifiant à base d'arsenic, que l'on prescrit aux animaux convalescents ou en état de déficience. Sans parler de la caféine ou du chocolat qui contiennent des substances excitantes.
Le dopage est aujourd'hui plus courant dans les disciplines du saut et du dressage que dans les courses de trot ou de galop, désormais sévèrement contrôlées grâce au PMU, ajoute Schatzmann.